Comme promis dans mon article précédent, l’heure est venue de se parler d’un sujet que beaucoup ont tendance à mystifier (voire à torturer ^^) dans l’écriture. J’ai nommé la redoutable description ^^

Combien de fois j’ai entendu (et même dit moi-même ^^) que « la description c’est vraiment pas mon truc », ou encore je ne sais pas du tout comment m’y prendre, ou j’ai beau essayer j’y arrive pas ». Je vous l’accorde, au début, la description peut faire peur. C’est que dernière ce mot, certains imaginent qu’il s’y cache souvent des règles strictes à respecter, des éléments hautement techniques à maîtriser… C’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à vous proposer d’explorer ensemble ce thème au travers de 2 ateliers d’écriture à Reims.

Mais, commençons par le commencement.

L’origine de la description

La description est, à mon sens, l’un des éléments clés d’une belle histoire. Elle a plusieurs fonctions mais, à la base, la fonction principale de la description était celle du discours d’apparat. Il s’agissait de parler de nos hauts dirigeants et hommes de pouvoir en des termes hautement élogieux. On parlait, alors, de description ornementale.

Elle revêt une fonction plus réaliste dans le courant du XVIIIème siècle avec l’essor du roman dit réaliste véhiculé par des auteurs tels que Maupassant, Stendhal ou encore Zola avec mon coup de cœur « L’Assomoir ».

Aujourd’hui, la description revêt plus une fonction explicative, d’après moi, dans le sens où elle nourrit la narration. Elle permet d’étayer un point de vue, de baliser le chemin vers lequel la narration va emmener le lecteur.

À quoi sert la description ?

Pour de nombreuses personnes, la description est l’opposé de la narration. En effet, la narration c’est le mouvement là où la description est un arrêt sur image ! Ci-dessous les principales fonctions de la description. Cette liste n’a, bien entendu, rien d’exhaustif ! D’ailleurs, si vous souhaitez l’enrichir, n’hésitez pas à me laisser vos commentaires 😉

La description informe

Elle pose le cadre, nous donne à voir le lieu/l’objet, à vivre l’événement de l’histoire qui nous est contée. La description explique : grâce à elle, on établit des liens, on clarifie, on complexifie, on donne de la profondeur à la narration.

La description traduit des émotions

Avec elle, on exprime les sentiments que vivent les personnages, on affine leurs personnalités, leurs caractères. On joue avec les sensations, et pour cela, l’angle de vue est important.

Une histoire de point de vue

Je ne vais pas le répéter à nouveau mais pensez bien au fossile de Stephen King 😉 Pour la même part de tarte à la framboise que l’on aurait sous les yeux, la description variera que l’on soit le gourmand qui a décidé de la dévorer ou le pâtissier qui l’a préparée de ses mains.

En ce sens, la description construit le regard du lecteur. Et cette description, pour renforcer son « impact » dans le cœur du lecteur, s’appuiera sur nos sens (l’odeur, la vue, le goût…), nos souvenirs, la symbolique associée. Dans ce dernier cas, la description se fait symbolique.

Bref, autant d’éléments qui permettront à la fois de comprendre, de ressentir et d’apprécier l’histoire qui est contée.

« Au commencement était l’émotion. » Louis-Ferdinand Céline

Une description n’a aucun sens si elle est « juste » description

La description n’a pas vocation a être là uniquement pour combler des vides et noircir quelques pages de plus. Elle doit servir à nourrir l’histoire : ne perdez pas votre temps si ce lieu que vous vous évertuez à faire décrire à votre personnage n’a aucun intérêt pour l’histoire que vous racontez (le lieu lui-même ou son souvenir, sa symbolique).

Focalisez-vous plutôt sur ce nain de jardin à l’expression si particulière, qui rappelle à votre personnage ce cher oncle qu’il n’a pas vu depuis tant d’années et dont l’évocation lui réchauffe le cœur alors qu’il s’apprête à vivre les prochaines minutes les plus décisives de sa vie ! Ainsi, vous gagnerez un temps précieux et, par la même occasion, un lecteur reconnaissant ^^

Parce que, soyons honnêtes, une description vide de sens, quel ennui…  

« Je vais vous raconter. Le navire où elle était assise, tel un trône étincelant, flamboyait sur les eaux : la poupe était d’or martelé, de pourpre les voiles, et si parfumées que les vents se pâmaient d’amour ; les rames étaient d’argent et battaient en cadence au son des flûtes, forçant l’eau qu’elles frappaient à remuer plus vite comme amoureuse de leurs rudes caresses. Sa personne, elle, rend toute description indigente : elle reposait sous un pavillon de soie tissée d’or, plus belle qu’un tableau de Vénus où l’on peut voir l’imaginaire surpasser la nature. »

Antoine et Cléopâtre– Shakespeare

Vous le humez ce parfum ? Vous les entendez ses rames qui frappent l’eau en cadence ? Et surtout, vous la ressentez cette passion de Marc-Antoine pour la reine Cléopâtre ?  Pourtant, ici, nul besoin de tartiner des pages (bon, ok on parle de Shakespeare là !). Je crois que cet exemple illustre bien le fait que la description est sélective. Elle ne montre pas tout, elle ne dit pas tout. Elle joue avec nos perceptions. Elle suggère. Elle renforce. Elle sublime.

Le secret d’une bonne description

Une bonne description doit répondre à ces 3 questions : quoi ? pourquoi ? comment ?

Dans la construction de ce regard, forcément subjectif, qu’est-ce que mon personnage doit décrire ? Et pourquoi il doit le décrire ? On parle, ici de la motivation de la description. Puis, vient le comment je décris avec cette question clé :

Par quoi je commence ?

Une fois que nous savons ce que l’on va décrire et pourquoi, nous allons réfléchir au « comment » de ladite description. Et pour cela, nous allons lister tous les mots en lien avec le sujet que nous souhaitons décrire. Oui, il s’agit de définir nos champs lexicaux pour rendre l’ensemble cohérent.

Prenons un exemple : nous devons décrire un vélo. Nous listerons donc des mots tels que guidon, bicyclette, roue, pneu, frein, pédaler, sentier, tandem, course, fourche, cyclisme, selle, arceau VTT, balade, piste cyclable, etc. pour construire notre description.

Une fois cette liste réalisée, comment tout cela s’articule ? Quelle logique, quelle hiérarchie choisissez-vous de donner à l’ensemble ? Si vous décrirez une pièce montée (moi, gourmande ? pas du tout ^^), peut-être déciderez-vous de la décrire dans le sens du montage du gâteau, c’est-à-dire du bas vers le haut. Ou si vous décrivez un bateau, peut-être commencerez-vous par décrire le port, son effervescence avant de décrire ledit bateau. Ou si vous décrivez une personne peut-être aurez-vous envie de commencer par décrire une main, car quand vous croisez quelqu’un ce sont toujours les mains qui attirent votre attention en 1er !

Vous l’aurez compris, la description doit parvenir à vous emmener avec elle, vous ne devez faire qu’un avec l’endroit et les personnages, ainsi, écrire devient un vrai voyage. 

« J’ai beaucoup aimé ce livre. L’atmosphère y est lourde et l’intrigue subtile. Les personnages, les lieux m’ont donnés envie de lire sans m’arrêter, de sentir ce vent sur mes joues et de m’arrêter boire un café. Bref, un réel coup de cœur. » Les déferlantes – Claudie Gallay

Le Monde

La « madeleine » de Proust est un merveilleux exemple pour illustrer ces propos. On ne peut pas lire ou mentionner « Du côté de chez Swann » sans être habité par l’odeur de la madeleine. Celle-ci est si bien décrite qu’elle nous sert de référence quand on évoque  des souvenirs qui nous replongent en enfance. 

Et n’est-ce pas là le but de la lecture et l’écriture ? Faire des connexions avec son « soi » ? 

Observer, décrire, deux choses que l’on fait naturellement et qui, avec un peu d’entraînement, peuvent déboucher sur un récit passionnant et envoûtant.

Alors, à vos crayons et rendez-vous aux ateliers des 12 juin et 10 juillet à Reims !