« Je ne sais pas trop par où commencer. » Philippe CLAUDEL, Les âmes grises

En vous écoutant lors des différents ateliers d’écriture que j’ai animés à Reims & Châlons-en-Champagne, tout comme dans les messages privés que je reçois, il y a une question récurrente que je décide d’aborder aujourd’hui avec vous au travers de cet article.

Cette question c’est « Comment je trouve l’inspiration ? ou Par quoi je commence ? ». Alors, je vous propose de discuter du sujet et d’explorer ensemble quelques pistes 😉 Et pour ceux qui veulent aller plus loin,  n’hésitez pas à consulter le planning d’ateliers d’écriture que l’on vous a concocté pour ce printemps et cet été ^^

D’abord, écrire, comme toute sorte de pratique (sport, musique, etc.), c’est une histoire d’entraînement. Oui, l’écriture, c’est une question d’habitude : plus on écrit et plus écrire devient simple. Je pourrais vous dire qu’il suffit de l’intégrer à sa routine, mais avouons-le ! Le plus dur, c’est … de s’y tenir !

« Beaucoup de gens ne veulent pas écrire ; ils veulent avoir écrit. En d’autres termes, ils veulent voir leur nom sur la couverture d’un livre et leur photo au dos, avec un joli sourire. Mais ça, c’est ce qui arrive à la fin, quand on a fini le boulot, pas au début. » Elizabeth George, Mes secrets d’écrivain

Alors, une fois qu’on a pris la décision d’écrire… Comment commencer?

Au début, afin de réussir à en faire une habitude, je vous propose de programmer vos temps d’écriture :

Le matin, avant le réveil, au déjeuner, ou le soir quand la journée est terminée et que l’on se retrouve avec du temps pour soi. Évidemment, chacun programme ce moment en fonction de ses besoins et de son rythme. Le principal est de créer un environnement favorable et agréable pour écrire sans éventuelle interruption.

Pour ma part, j’écris le matin très tôt. Souvent, après une séance de méditation 🙂 C’est ma manière à moi de libérer mon esprit et de laisser venir. D’autoriser, en quelque sorte, mon imaginaire à divaguer gentiment.

Écrire doit être un plaisir et non une corvée, c’est pourquoi il est important de bien choisir son moment.

Maintenant, une fois en face de son carnet (ou de son ordi), on fait quoi?

Eh bien, on explore !

J’aime beaucoup cette réflexion de Stephen King qui dit que les histoires sont des fossiles qui existent déjà. Elles seraient entièrement formées quelque part dans notre esprit.

Concrètement, cette première idée ou phrase que vous avez à l’esprit et qui peut vous paraître absurde : écrivez-là ! Cela peut être une scène que vous avez observée et qui vous a marquée, une réflexion d’un proche, une nouvelle qui vous a interpellée en lisant votre journal, une situation cocasse vue sur les réseaux sociaux, une sensation ressentie, un lapsus pour le coup révélateur, et bien d’autres choses encore… Bref, tout ce qui peut vous inspirer.

Puis, écrivez la 2e phrase. La 3e. Et ainsi de suite.

Prenez le temps de garder en vue votre «fossile». Que vous raconte-t-il ou vous emmène-t-il?

Ne cherchez pas à répondre à ces questions, écrivez juste. Ne cherchez pas à trouver un sens logique, à identifier les différents paragraphes de votre futur manuscrit. Débrancher cette petite voix qui vous dit que ce que vous écrivez n’a ni queue ni tête, qui vous incite à tout arrêter. Fermez-lui son clapet à cette petite voix et n’arrêtez pas d’écrire.

Faites-le un petit peu chaque jour. Et vous constaterez qu’à force de vous y mettre, les mots viennent plus vite, que l’écriture est plus fluide et que, ce qui paraissait être une « corvée désirée » devient un vrai plaisir.

J’aborde ici une notion que j’aime beaucoup et que j’essaie de m’appliquer au quotidien. Il s’agit de la sérendipité. Vous connaissez ? En gros, il s’agit de laisser une place belle au hasard, de ne pas chercher pour mieux trouver et ainsi, tirer profit des possibilités infinies de… l’inattendu. Cela suppose aussi d’accepter de lâcher prise et de se faire confiance.

Vaste programme hein ^^ Mais, revenons à notre sujet !

Pour terminer, je voudrais vous parler du manuscrit de Marcel Proust « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Ce texte, qui lui a valu le prix Goncourt à l’époque, est exposé à la Bibliothèque Nationale de France. L’avez-vous vu ?

Parce qu’en l’observant, on constate de nombreuses choses. La première et la plus frappante,  c’est qu’il y a un nombre impressionnant de ratures et de retouches, de phrases modifiées et déplacées ! Ce que cela m’évoque c’est qu’il semblerait donc que la seule manière de parvenir à écrire des phrases justes commencerait par… les écrire !

Alors, ne soyez pas timide ou trop dur(e) avec vous-même. Écrire demande du temps, de la patience et surtout de la persévérance. Et pour cela, mettre en place des routines d’écriture peut sacrément aider. D’ailleurs, partagez-nous en commentaire vos routines toutes personnelles ^^ (je suis curieuse de les lire).

Et, gardez en tête que «Rome ne s’est pas fait en un jour.» 😉