Tout commence par un départ.

8000 km.

Aujourd’hui, cela fait 19 ans que j’ai quitté mon île. Le 3 août 2000, je venais de passer ma 1ère journée sur le continent, loin des miens, loin de mes habitudes, loin de mes repères. Cette 1ère journée a été celle de l’euphorie. Je me souviens m’être réveillée grisée par l’étendue des possibilités qui s’ouvrait à moi. Je décidais de tout reprendre, de tirer un trait sur le passé et de me donner une  chance de tout recommencer. Repartir de zéro.

19 années se sont écoulées depuis ce jour. Pourtant, je m’en souviens encore comme si c’était hier. Je me souviens de mon excitation, de la joie de vivre une nouvelle aventure, loin, très loin de ma vie d’avant. Je me souviens de mon excédent de bagages au guichet d’embarquement. J’entends de nouveau l’une de mes cousines négocier pour moi avec l’agent du guichet pour m’éviter de payer les frais supplémentaires. Elle savait que les quelques sous que j’emportais avec moi, c’était tout ce que j’avais. Que je les avais méticuleusement mis de côté. 5000 francs. Pas un sou de plus. Pas un sou de trop. Alors, elle a négocié pour moi. Parce que moi, j’étais déjà résignée à tout. Je me sentais forte mais me savais en convalescence.

Je me souviens de ce dernier au-revoir que je lui ai lancé quand j’ai franchi la fameuse zone d’embarquement. Seule. Toute ma vie tenant dans ces 2 valises que j’emportais loin avec moi. Je me souviens surtout de la tristesse de mes cousines et des adieux faits aux pieds de l’immeuble de l’appartement de ma grand-mère. Ce jour-là, j’acceptais de tout laisser derrière moi, je faisais le vœu de tout reprendre à zéro, tout.

Alors, j’ai respiré une dernière fois l’odeur de mon île. J’ai fermé les yeux. J’ai empli mes poumons de tout l’air qu’ils pouvaient contenir. J’ai senti, une dernière fois, le vent sur mon visage. J’ai senti la chaleur moite des Tropiques. J’ai gravé tous ces souvenirs au plus profond de ma mémoire et…  j’ai pris cet aller sans retour.

Crédit photo : Unsplash – Sebastien Leon Prado