A l’eau, à l’heure, à l’âme,

A celle qui dit que je suis femme

Une essoufflée, une boursouflée,

Une révoltée, une condamnée.

Une moins que rien, une moins que tout,

Une femme qui manque de presque tout.

 

A l’eau, à l’heure, à l’âme,

A toi mon âme, à toi ma peine,

A celle qui rôde et me rappelle,

A quel point la vie peut être cruelle.

A l’eau, à l’heure, à toi, mon âme,

Celle, grâce à qui je suis femme,

Celle qui hurle et se débat

Dans ce flot de sanglots délicats,

Celle qui pense et me répète

Que pour cette vie je ne suis pas faite

 

A l’eau, à l’heure, à l’âme,

A tout ce corps qui coule doucement,

A toute cette vie qui m’abandonne,

Ce dernier souffle auquel je me cramponne

A toi mon âme, à toi ma vie,

Aussi précieuse qu’une bougie

Dans ce dernier souffle, je te dis

Que pas une seconde je renie

Celle qui fait que je suis comme je suis

A toi mon souffle, à toi mon âme,

En ce dernier jour de répit,

J’ose, j’avoue, je te confie,

Je tombe le masque, j’arrête le mime.

Je lève les yeux et te souris,

Te dis merci et te confie

Que grâce à toi je suis en vie

Mais que maintenant, il m’est permis

D’ouvrir mes ailes et déployer

Tout ce que je pensais devoir cacher

L’amour, la vie et l’espérance,

Celle qui fait qu’aujourd’hui je pense

Etre guérie de mes insomnies,

De mes déboires, de mes manies.

 

A toi mon eau, à toi mon âme,

Dans mes deux bras je t’enlace,

Plus rien je n’efface, plus rien je renie,

Car je le sais aujourd’hui,

Grâce à tout cela, j’ai grandi

Pour devenir celle que je suis.

Une femme forte, une femme puissante.

Une femme qui porte sur ses épaules le monde.

Celui qui jamais ne s’effondre.

 

A toi espoir, à toi ma vie,

A toi qui a apaisé mes cris,

Qui m’a bercée, m’a consolée,

Et ne m’a jamais laissée tomber.

A toi, je dis que ce jour est arrivé

Celui où de mes propres ailes, je m’envole.

Libérée de cet enfermement

Et de ce miroir déformant,

Imposé à mes yeux d’enfant,

Qu’aujourd’hui je fends.

 

Lydie S.

Crédit photo : Yoann Boyer – Unsplash