Je viens d’une île où l’oralité est reine.

Je viens d’une île où les paysages sont fabuleux, où la solitude n’existe pas, où les gens se parlent vraiment, s’entraident, se soutiennent, se défoulent, boivent, chantent, dansent, rient. Je viens d’une petite île de l’océan pacifique. Je viens de Guadeloupe.

Cette île c’est mes racines. J’y ai (presque) tout ce qui fait que je suis celle que je suis aujourd’hui. Je me souviens de ma famille, de mes cousines qui sont comme des sœurs pour moi, de mes tantes, des voisines (qui pour certaines sont des membres à part entière de la famille).

Je me souviens surtout de ma solitude.

Je crois que très jeune déjà, j’ai ressenti le manque de quelque chose ! Je n’ai jamais connu mon père. Ou si peu. Et la vie avec mon beau-père a été… compliquée ! Longtemps, j’ai cherché à comprendre pourquoi il était parti, mon père. Longtemps. J’ai eu de nombreuses théories sur le sujet. Pourtant, il y en a une. Il y en a une qui m’a étreinte et m’a accompagnée durant toute mon enfance et mon adolescence.  Selon cette théorie, il y avait une seule personne responsable du départ de mon père. Et cette personne c’était moi. Parce que sinon, pourquoi serait-il parti alors que j’avais quelques semaines à peine ? Avais-je si peu de valeur à ses yeux pour ne pas « mériter » sa présence ? Et puis, il devait sûrement avoir raison d’être parti. Sinon, pourquoi mes rapports avec mon beau-père étaient si compliqués !

Voilà. C’est ainsi que ma théorie m’a conditionné. Longtemps. Créant ainsi un sentiment de plus en plus profond de manque. Manque d’amour, manque de mots, manque de gestes, manque d’écoute, manque de confiance. Manque tout court.

Plus d’une fois je me suis vue sombrer. Plus d’une fois j’ai eu envie de sombrer.

Pourtant, je suis aujourd’hui persuadée qu’il y avait une main invisible qui me tenait fermement à la surface. Souvent je l’ai entendu, cette voix, qui me disait « Tiens bon ». Alors, j’ai tenu. Quand ma réalité était trop étouffante, je m’évadais. Dans ma tête, dans ma musique, dans mes histoires, dans mes livres. Les livres, les mots, cette bouée de sauvetage, qui m’a accompagnée dès les premières années de ma vie et m’accompagne encore aujourd’hui.

D’après la légende familiale, ma mère m’a mis un livre entre les mains très tôt, apprenant ainsi à lire quand j’avais 3~4 ans. Depuis, les livres ne me quittent plus. Je crois profondément que, par ce geste, ma mère m’a sauvée. Elle m’a donnée quelque chose à quoi me raccrocher. J’ai plongé corps et âme dans les histoires. Chaque livre était pour moi une respiration.

Le bac en poche, destination le continent. Trop de souvenirs. Trop de freins. Trop de mélancolie. Trop de non-dits. Fuir. Je voulais fuir. C’est ainsi que j’ai débarqué à mes 18 ans en Ile-de-France. Sans regrets. Sans amertume. Juste avec cette envie profonde de conquérir le monde. Je me souviens encore de mon 1er hiver. De ce vent glacial qui me fouettait le visage de face. De ces larmes sur mes joues. De cette promesse faite à la vie, comme un défi « Je t’aurais ». Alors, tout ce qui me restait encore d’esprit de conquête, je l’ai mis dans ce défi à relever. Car, je le savais, je réussirais. A ce moment-là, réussir pour moi voulait dire paraitre. Il me fallait un bon job. Il me fallait des diplômes. Pour ça, j’ai travaillé. De manière acharnée, j’ai travaillé. Et vous savez quoi ? J’ai réussi. Master en poche. Cadre dans une grande  entreprise. Un avenir radieux se présentait à moi. Je l’avais enfin ma revanche.

Alors, pourquoi, au creux de mon cœur je me sentais encore si  mal !? Pourquoi ce souvenir d’enfance, dont je me souviens comme si c’était hier, me hantait-il ? Ce souvenir qui me ramène face à ma maitresse, lui disant : « Quand je serais grande, je serais écrivain ». Pourquoi je me sentais si creuse dans ma vie professionnelle ? Alors que ma vie privée était si riche ?

Chacune de mes 2 grossesses a été, pour moi, comme un révélateur. Ma carapace s’est fissurée. Impossible de la recoller.

Pendant toutes ces années, j’avais couru après une ombre. J’avais eu besoin de montrer au monde que je valais quelque chose. Que je pouvais faire quelque chose de ma vie. Je crois que c’est lorsque j’ai compris ce que voulait dire « amour inconditionnel » dans le regard de mes enfants que ma carapace s’est complètement fissurée. J’ai alors compris que j’étais dans une sorte de fuite en avant. Une fuite vide de sens, de cœur, de moi.

Je m’étais fabriquée un costume sur mesure que je n’avais, d’un coup, plus envie de porter.

Alors, j’ai creusé. J’ai affronté mes loups. J’ai accepté d’être celle que je suis. Avec mes forces et mes faiblesses. Avec mes qualités et mes défauts. Mes hauts et mes bas.

De cette introspection est né L’Arbre à Palabres.

L’Arbre à Palabres, ce projet que je veux à mon image : conviviale, bienveillante, foisonnante.

Surtout, je me suis découverte. Enfin ! Je me suis acceptée. Aussi. Et j’ai compris 3 choses fondamentales :

  • chacun de nous peut être exactement ce qu’il veut. Vraiment. TOUT. C’est un pouvoir extraordinaire, n’est-ce pas ?
  • de (trop !) nombreuses personnes tentent de nous faire croire le contraire. Consciemment quelquefois. Inconsciemment souvent. Toutefois, le plus gros des saboteurs, c’est : nous-même !
  • les réponses sont déjà là. Il faut juste les regarder.

Toute cette histoire, mon histoire, m’a fait prendre conscience de l’importance de la vie. Aujourd’hui, je n’ai qu’une envie : me révéler. Enfin. Complètement. Sans fard. Sans paillettes.

Ce blog est ma façon à moi de me lancer. Un peu comme un carnet dans lequel on viendrait apposer ses projets, ses envies, ses inspirations, ses rencontres, ses partages. En toute simplicité. Avec authenticité. Comme une envie profonde de partager un peu de moi avec vous.

Si je devais résumer mon histoire en une phrase, je dirais :

« L’arc-en-ciel dit merci à l’orage de lui avoir donné vie ».

Que cette aventure soit belle. Je me le souhaite. Je nous le souhaite.