– Le courage ce n’est pas l’absence de peur mais notre capacité à la vaincre – (N. Mandela)
Cela fait des jours que trotte dans ma tête cette idée d’article. Depuis que je suis tombée sur la sortie de ce film « Les invisibles » de Louis-Julien Petit. Cela m’a ramené à tellement de choses que j’ai aujourd’hui envie de partager avec vous !
Ce film parle de notre capacité à traverser les épreuves, à danser sous la pluie quand gronde l’orage et à garder quoi qu’il se passe une envie furieuse de vivre, d’y croire. Encore. Et encore. Et encore. Et parfois même quand soi, on n’y croit plus.
 
Invisible, c’est ce sentiment qui m’a collé à la peau pendant tellement d’années. C’est cette solitude qui m’a étreint au point de faire naître en moi la peur des autres. Quand vous avez le sentiment d’être transparent, eh bien vous vous comportez comme tel !
Oui, mon adolescence n’a pas été une partie de plaisir. Pourtant, je le crois, c’est ce qui a construit l’adulte que je suis aujourd’hui. De tout cela j’en ai tiré une grande leçon : sombrer, ça peut arriver à tout le monde. Il suffit de tellement peu de choses. Une simple main non tendue et tout bascule parfois !
 
C’est aussi ce qui a fait qu’à peine avoir quitté mon île natale, je me suis engagée dans une cause qui me tenait beaucoup à cœur. Je pense qu’à ce moment-là j’avais besoin de tendre la main, à défaut d’attendre désespérément cette main tendue qui ne venait pas ! Alors, un jour, je me suis engagée à corps et à cœur perdus dans le bénévolat à la Croix-Rouge. Pendant près de 4 années, j’ai sillonné les rues du 13ème arrondissement de Paris à la recherche de cœurs à réchauffer et d’un peu de réconfort à partager. Parfois, il était juste question de garder sa dignité.
 
Je les ai approchés de très près tous ces invisibles que l’on ne prend tellement plus le temps de regarder et qui du coup, errent tels des zombies et ne se regardent parfois même plus eux-mêmes. Durant ces 4 années, j’ai été de tous les combats : maraudes, samu social, collectes de vêtements, de nourriture, etc. J’en ai versé des larmes en me rendant compte de l’immensité de la tâche et du peu de moyens dont nous disposions. Toutefois, il suffisait d’un sourire, d’un regard, d’une parole pour réchauffer mon cœur et réaliser combien finalement ces petites actions qui me coûtaient si peu représentaient tellement pour certains. Je crois qu’égoïstement à leur contact, je guérissais. Je me rendais compte que finalement je n’étais pas si invisible que cela et que finalement à ma petite échelle, je pouvais faire quelque chose. Même si ce n’était pas grand-chose !
 
Vous connaissez la légende amérindienne du colibri ?
Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! « Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »
 
Aujourd’hui encore, près de 15 ans après, je me souviens encore de ce jeune que j’ai croisé en pleurs lors d’une maraude. Il était si désespéré par sa situation. Il se sentait si impuissant face à l’immensité de la tâche qui l’attendait pour essayer de sortir de cette situation de précarité. Pourtant, à notre petite échelle,notre équipe ce soir-là avons réussi à partager avec lui un peu de chaleur humaine. Une petite pause de « normalité » dans sa vie d’invisibilité !
 
Ce que j’ai appris de toute cette expérience bénévole (que j’ai poursuivi ensuite auprès d’action contre la faim puis auprès de jeunes déscolarises et en difficulté), c’est que finalement, cette vie qui m’est offerte doit être vécue envers et contre tout. J’ai appris au contact de tous ces gens que finalement la vie a peu de saveurs si on ne la vit pas à fond. C’est ce constat qui m’a poussée à lancer L’Arbre à Palabres. Cette envie furieuse de tenter quelque chose qui me vient des tripes. De tenter. Juste. Ce n’est pas une question d’argent, de business, de chiffres.
C’est une question de cœur.
 
J’ai ce sentiment qu’il est important de montrer l’exemple, montrer le chemin. Ce saut c’est aussi la preuve que c’est possible. Pas facile tous les jours (sinon ça ne serait pas drôle hein !) mais PO-SSI-BLE. Et même si ça ne marche pas (ce que je ne me souhaite pas hein !!) « Et alors ? » Au pire, il se passe quoi ?
 
Je crois que c’est cet engagement, cette nécessité, cette obligation que je m’impose à moi-même de faire, d’être dans l’action, de faire le saut malgré ma boule au ventre qui est le sens de tout ce que je veux vous partager avec L’Arbre à Palabres.
 
Humanité, passion, partage tels sont mes maîtres mots.
Mon prochain combat sera, je le crois celui de l’illettrisme et de la jeunesse. Car c’est définitivement au travers des mots, de la parole, de l’écrit que je souhaite tracer ma voie.
 
Ayons le courage de nous regarder (soi et les autres) et de faire chacun à son échelle sa part 😉
 
Lydie S.