L’heure est venue pour moi de reprendre la plume, écrire à nouveau sur le blog, parler d’écriture, de poésie, de la vie. Tenter de respirer, un peu. Se poser et discuter ensemble. Voilà bien un moment que j’avais délaissé ce blog, cet espace si cher à mon cœur. Aujourd’hui, je décide de le réinvestir. Et pour commencer en douceur, je partage toutes ces réflexions que j’ai pu avoir à travers mes newsletters et que j’actualise pour le rendre accessible ici. Voici donc le premier d’une longue série, je l’espère 😉 Bien sûr, on poursuit la discussion en commentaire.
Je dois avouer que les bruits du monde ont parfois raison de ma joie en ce moment. Les nouvelles qui me parviennent ne sont pas toujours roses et, que je le veuille ou non, cela m’affecte mentalement, psychologiquement et de fait physiquement. Alors quand tu couples cela à une période de séparation remise en question, deuil de soi-même à faire… eh bien y’a plus qu’à accrocher sa ceinture ^^
Oui, il y a des jours où je me sens plus lasse que d’autres. Des jours où j’ai comme le souffle coupé quand je pense à la direction que prend le monde et à celui que je vais laisser à mes enfants. C’est comme une vague qui me submerge. Dans ces moments-là, j’attends que l’anxiété passe. En secourisme, on apprend que lorsqu’on tombe à l’eau et que le courant est fort, il ne faut pas lutter, mais plutôt se laisser flotter. Car, plus on lutte plus on augmente ses chances de s’épuiser et de couler vers le fond. A contrario, si on se laisse flotter, le courant finit toujours par nous ramener vers le rivage. Contre-intuitif peut-être, mais sacrément efficace si j’en crois leurs dires !
Alors parfois je m’isole du monde et je me laisse flotter.
C’est ce qui explique que je sois si irrégulière dans mes passages par ici ou sur les réseaux sociaux, en général ! Cependant, je réalise que j’ai besoin de ces moments de flottement, de ces moments de rien, de ces moments de vide pour m’emplir de nouveau. De ces moments où je ne suis plus ni dans la lutte, ni dans la colère, ni dans la sidération, ni dans la suffocation. Pour reprendre des forces. Pour ne pas m’épuiser et couler tout au fond.
Avec le temps, j’ai développé tout un tas de techniques pour m’emplir de nouveau. Dans celles-ci, il y a bien entendu l’écriture, la poésie, mais il y a aussi la lecture, les balades, les sorties culturelles, revoir des amis chers, passer du temps de qualité avec mes enfants. Néanmoins, la technique la plus redoutable que je connaisse est de… dormir. Oui, le repos est pour moi une arme redoutable que j’ai tendance à négliger trop souvent. Combien de fois me suis-je retrouvée à sacrifier des heures de sommeil pour boucler un projet, finir une lecture, avancer sur la préparation de mes cours ou que sais-je encore.
Se couper du monde et hiberner.
Il est avéré que le manque de sommeil tue. Oui, oui, vous avez bien lu ! Et quand il ne tue pas il nous dirige tout droit vers des troubles dépressifs, des difficultés d’apprentissage voire des maladies plus graves encore (source : Fondation pour la recherche médicale).
Pourquoi je dis tout cela ? Parce que je crois qu’il est important, au vu des nouvelles qui nous viennent du monde et de notre propre pays, d’avoir conscience que les luttes qui s’annoncent vont être des luttes dans la durée et qu’il va falloir mettre en place des stratégies pour tenir la cadence. Des stratégies fermes, avec lesquelles il ne faudra pas transiger. Comme dormir suffisamment. Comme cultiver sa joie. Comme s’entourer de belles âmes. Comme trouver des lieux sécurisants où sa parole peut être écoutée, entendue et comprise.
Car, il ne s’agit plus d’être dans le déni.
Oui, je crois qu’il est important de savoir voir le monde tel qu’il est pour mieux s’emparer de la poésie et rendre tout cela supportable, respirable. Aussi effrayant que cela paraisse, aussi inconfortable que cela paraisse, il me semble important de refuser le déni. Refuser le déni, c’est admettre individuellement et collectivement qu’il est nécessaire de se bouger. C’est admettre collectivement et individuellement que la direction que prend le monde n’est pas celle que nous voulons. C’est admettre collectivement et individuellement que nous sommes en train de faillir si nous ne faisons rien. Si nous restons silencieux. Si nous restons immobiles. Si nous laissons faire. Si nous sommes trop fatigués. Si nous sommes trop apeurés.
Refuser le déni, c’est aussi refuser le silence.
En ce lendemain de la journée internationale des droits des femmes, que je nomme journée internationale de luttes pour les droits des femmes, j’aimerais partager cette anecdote.
Grâce à Musiques sur la ville, j’ai la chance d’animer des ateliers d’écriture dans les centres sociaux de Châlons-en-Champagne depuis maintenant 3 ans. L’objectif de ces ateliers est de sensibiliser les publics présents aux paroles de chansons avec cette question : les chansons sont-elles sexistes ? Et donc, que je le veuille ou non, cela suppose d’aborder la thématique des violences sexistes et sexuelles (VSS). Cela peut aller du sexisme ordinaire au féminicide. Le sujet est souvent lourd pour moi, tellement il me prend aux tripes. Toutefois, les chiffres affolants et l’inaction de notre gouvernement me poussent à ne pas faillir quand il s’agit de prendre la parole sur ce sujet ou en tout cas d’inviter d’autres à la prendre.
Et donc un samedi, que je sortais de l’un de ces ateliers (nous n’étions pas nombreux alors nous avons pris le temps de discuter des VSS et fatalement nous en sommes venus à parler du procès Pélicot… une épreuve pour moi !) où la parole s’était particulièrement libérée, une colère sourde s’est emparée de moi. Alors que je rentrais à pied, j’ai dû m’arrêter en chemin et m’asseoir sur un banc tant la fulgurance de cette colère — qui s’est transformée en poème — m’a frappée.
Au départ, j’avais cette phrase de Simone de Beauvoir qui tournait en boucle dans ma tête : « Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant, qu’un homme inquiet pour sa virilité. » Plus je marchais et plus je sentais la chose, là, qui ne demandait qu’à sortir. Cependant, j’ai continué à marcher, jusqu’à ce que ma tête soit assaillie par un flot de mots, ne me laissant pas d’autre choix que de m’arrêter et prendre le temps de les noter tous avant qu’ils ne disparaissent.
© Vigilantes.
Voici donc le titre du texte poétique que j’ai écrit et aussitôt mis en voix. Sa version vidéo est bien plus courte que la version texte (je mets un extrait juste en dessous 😉). Dans celle-ci, je démarre en disant que je dors la nuit et veille le jour, mais, à force de vigilance et au vu de l’ampleur de la tâche, plus question de dormir ni la nuit ni le jour.
Le jour je veille, la nuit je ne dors plus.
Si la nuit tous les chats sont gris
Comment savoir qui est qui
Comment reconnaître le bon père de famille
Le voyou, la raclure, du si gentil meilleur ami
Comment faire confiance à toutes ces ombres
Qui nous avalent et nous plombent
Cette nuit, une femme n’est plus
C’est le cas tous les deux jours et demi
Tous les deux jours et demi, l’une de nous meurt
Tous les deux jours et demi, l’humanité pleure
Et alors que nous mourons sous les coups
Ils nous crient NOT ALL MEN
Tous les deux jours et demi
Le jour je veille, la nuit aussi
Désormais finies les minauderies
Il s’agit de ne rien laisser passer
Il s’agit de tenir des comptes
Aujourd’hui gît
Il s’agit de vomir sa colère
Tolère, tolère, face au silence
Prendre soin c’est aussi ça : oser dire. Ne pas se censurer. Faire confiance aux mots.
Et comme le sujet ici est d’envoyer de la douceur sur sa personne, j’organise un atelier d’écriture ce vendredi 13 mars 2026, de 17h30 à 19h30 à L’Occasion Café à Reims. Je ne sais pas dire précisément comment on va écrire. Ce qui est sûr, c’est que mon intention est posée : se faire du bien, résister joyeusement, croire que tout est possible. Toujours. Si ça te parle, alors viens. Pour t’inscrire, c’est ici
J’espère t’y voir.
Avec beaucoup de douceur pour toi,
Lydie S.




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